[Manga] Kodomo no omocha

Kodomo no omocha est un manga illustré par Obana Miho. Le premier des 10 volumes est sorti le 19 avril 1995 aux éditions SHUEISHA dans la collection RIBON MASCOT COMICS. Le manga avait été pré-publié à partir d’août 1994 dans le magazine mensuel RIBON des éditions SHUEISHA.

Une belle histoire

Première de couverture du premier volume.

Première de couverture du premier volume.

Kurata Sana est une fille pleine d’énergie qui passe régulièrement à la télé dans une émission intitulée Kodomo no omocha. Entourée de sa mère, Kurata Misako, une romancière un peu bizarre, et de son efficace manager, Sagami Rei, Sana est une fille qui nage dans le bonheur. Mais à l’école, il y a un problème : les garçons de sa classe font un tel désordre qu’il est impossible de faire cours. Et celui qui orchestre ce désordre, c’est Hayama Akito. Dans un premier temps, Sana veut éviter les ennuis et n’intervient pas. Mais sa colère finit par éclater et elle s’attaque à Akito. Pour arriver à ses fins, Sana trouve un point faible à Akito et l’exploite jusqu’à ce que la situation en classe redevienne normale. Toutefois, elle finit par comprendre qu’un problème au sein de sa famille a mené Akito à devenir un tel monstre et décide de l’aider à sa manière.

Kodomo no omocha, c’est un très beau manga qui traite de manière légère et humoristique de graves problèmes de société tels que l’indiscipline scolaire, le refoulement, la délinquance juvénile, l’éclatement familial, le divorce et la manipulation médiatique. Les personnages, notamment Akito, Naozumi et Sana, sont beaux et terriblement attachants. Certains, comme la mère de Sana, sont loufoques ; d’autres, comme Tsuyoshi, sont attendrissants. Les gags fonctionnent à tous les coups et détendent l’atmosphère lorsque celle-ci devient pesante. Il y a bien quelques moments tristes, surtout dans les derniers volumes, pendant lesquels on partage la détresse des personnages, mais ces moments contribuent eux-aussi à la beauté de l’histoire. C’est un réel plaisir de voir les personnages grandir et évoluer au cours des dix volumes. Vraiment, ce manga m’a touchée.

Ennemi, ami, amoureux

Kurata Sana est une fille qui nage dans le bonheur.

Kurata Sana est une fille qui nage dans le bonheur.

Le personnage principal, Kurata Sana, évolue dans l’industrie du spectacle. Au début, elle participe principalement à des émissions de divertissement où elle fait preuve d’un grand talent d’actrice, ce qu’elle finit par devenir. À première vue, elle est naïve et s’emballe rapidement mais c’est aussi une jeune fille délicate et sensible. Vers la fin de l’histoire, elle souffre même temporairement d’un trouble psychologique que sa mère appelle « la maladie de la poupée ». La mère de Sana, Kurata Misako, est une romancière populaire dont le roman Himo to watashi (Mon gigolo et moi) a remporté le Prix Naoki1. Elle écrit par la suite Musume to watashi (Ma fille et moi). Sur sa tête, vit son animal de compagnie : un écureuil nommé Maro-chan. Elle s’est mariée à 18 ans puis a divorcé à 20 ans. Elle a alors décidé de devenir une complète excentrique. Le manager de Sana, Sagami Rei, est un jeune homme qui s’est retrouvé à la rue suite à une accumulation de désastres. Il a été recueilli par Sana et c’est ainsi qu’il est devenu son manager et bien plus encore… Hayama Akito est, au début de l’histoire, l’ennemi de Sana. Il devient par la suite son ami puis son amoureux. Garçon très renfermé au début, il ouvre peu à peu son cœur au contact de Sana. Suite aux provocations de Naozumi et à la proposition du directeur de l’école, il se met au karate. Il aime particulièrement les sushi et les dinosaures. Il vit avec son père, Hayama Fuyuki, qui travaille pour une célèbre entreprise d’informatique, et sa sœur aînée, Hayama Natsumi. Sasaki Tsuyoshi (né Ōki Tsuyoshi) est ami avec Akito depuis l’école maternelle. De nature habituellement calme, il lui arrive de devenir violent quand il ne contrôle plus ses nerfs. Akito met fin à ses accès de violence d’un coup du tranchant de la main.

Problèmes de société

Kurata Sana et sa mère, Kurata Misako, une romancière un peu bizarre.

Kurata Sana et sa mère, Kurata Misako, une romancière un peu bizarre.

La vie des personnages est l’occasion de traiter de plusieurs problèmes de société. Ainsi, par le biais d’Akito, Obana Miho nous parle d’indiscipline scolaire et de délinquance juvénile. Tout y passe : l’agression physique d’une camarade de classe, la perturbation des cours, le refus de travailler, le chantage fait aux professeurs et le refus de les écouter. Autre problème : ce que la mère de Sana appelle « la maladie de la poupée » n’est rien d’autre que le refoulement (un des concepts majeurs de la psychanalyse développés par Sigmund Freud). Vers la fin de l’histoire, Sana se trouve face à un évènement qui lui est intolérable. Le refoulement lui permet alors d’atténuer, pendant une courte période même de supprimer, ce qui est à l’origine de sa détresse psychologique. Tsuyoshi, lui, doit faire face au divorce de ses parents. Il faut savoir que selon le Code civil japonais, il n’y a pas de lien automatique entre la garde des enfants et l’exercice de l’autorité parentale et qu’après le divorce, cette autorité n’est plus exercée en commun par le père et la mère2. Ainsi pas de résidence alternée voire pas de droit de visite. On revient sur Sana qui, avant le chapitre de la « maladie de la poupée », est victime d’un autre mal : la manipulation médiatique. Lors du tournage du film Mizu no yakata, des journalistes viennent interviewer Sana et son partenaire, Kamura Naozumi. En déformant les propos de Sana et Naozumi et en manipulant leurs images, les journalistes parviennent à faire croire à l’opinion publique que Sana et Naozumi sont en couple. Ce qui causera un fort préjudice à Sana. Enfin Akito, Sana, Tsuyoshi et Komori Kazuyuki, un personnage secondaire, sont victimes, tous les quatre d’une façon différente d’éclatement familial. Mais je ne vous en dirai pas plus car ce serait vous gâcher la surprise.

Pour terminer, je ne peux que vous recommander la lecture de Kodomo no omocha. Sous son air futile et superficiel, c’est en fait une histoire profonde et bien ficelée que nous livre Obana Miho.

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1. Prix Naoki : le Prix Naoki Sanjūgo, créé en 1935 à la mémoire de l’écrivain japonais Naoki Sanjūgo, est un prix littéraire japonais qui récompense de jeunes auteurs prometteurs.
2. Les sources du droit japonais, Librairie Droz, 1978, page 96