[Manga] Sakura Gari

Sakura Gari est un manga illustré par Watase Yū. Le premier des trois volumes est sorti le 23 avril 2008 aux éditions SHOGAKUKAN dans la collection FLOWER COMICS SPECIAL. Le manga avait été pré-publié à partir de juin 2007 dans le numéro de lancement du magazine trimestriel Zōkan flowers des éditions SHOGAKUKAN.

Un grand cerisier

Sakura Gari

Première de couverture du premier volume.

En l’an 9 de l’ère Taishō (1920), Tagami Masataka a pour objectif d’intégrer la Dai Ichi Kōtō Gakkō (littéralement Premier Lycée et l’actuelle Faculté des Sciences de l’Université de Tōkyō). Il monde donc à la capitale pour intégrer une yobikō (écoles privées préparant aux concours d’entrée de l’université). Alors qu’il cherche la maison qui doit l’accueillir en tant que shosei (étudiants qui sont nourris et logés et qui s’occupent des tâches ménagères en échange), Masataka sauve une dame qui manque de se faire renverser par une voiture. Pressé, le jeune homme de la voiture donne sa carte de visite à Masataka et lui dit de le contacter s’il y a quoi que ce soit. Sur la carte est écrit Société de commerce international Saiki, Directeur délégué, Saiki Sōma. Masataka finit par trouver la maison qu’il cherchait mais à cause de la crise économique qui a suivi la Première Guerre mondiale, celle-ci a été mise en vente. Désespéré à l’idée de se retrouver sans logement, Masataka se souvient de la carte de visite et finit par se trouver devant la demeure de Saiki Sōma. Mais il a beau appeler, personne ne répond et la demeure semble inhabitée. Masataka escalade alors le mur et entre dans la propriété. En avançant un peu, il aperçoit sur une splendide kura (sorte de grange qui est un symbole du statut social de son propriétaire) et tombe sur le majordome Katō qui le prend évidemment pour un voleur et le poursuit. En tentant de s’échapper à travers l’immense propriété, Masataka arrive près d’un grand cerisier près duquel se tient un jeune homme. Il s’agit bien sûr de Saiki Sōma qui accepte de prendre Masataka pour shosei

Le seme et le uke

Sakura Gari

L’histoire se déroule à l’ère Taishō.

Sakura Gari, c’est l’histoire de la descente aux enfers de Tagami Masataka au sein de la famille Saiki. Au début, malgré quelques problèmes de famille, Masataka est un garçon innocent et enjoué. Sōma va commencer à s’intéresser à lui. Ça commence par un premier rapprochement dans la bibliothèque, juste après que Masataka ait accidentellement interrompu un moment intime entre Sōma et le docteur Katsuragi, mais la maladresse de Masataka ne permet pas à Sōma d’aller plus loin et Masataka ne semble pas traumatisé par cet épisode. Il admire Sōma et le considère comme un grand frère. Mais quand Masataka découvre la face cachée de Sōma dans la kura et qu’il rejette les sentiments de Sōma, ce dernier l’agresse sexuellement et c’est le début d’une longue suite de tortures et de violences en tout genre.
Le seme qui agresse sexuellement le uke, c’est pas nouveau, c’est même plutôt courant dans le BL. Parfois, le mangaka justifie ce comportement en attribuant au seme un sombre passé dans lequel il a lui-même subi des violences sexuelles. Mais grosso modo, il s’agit juste d’excuser le comportement pour que l’uke puisse gentiment accepter d’être continuellement violenté. Sōma est ce genre de personnage. Depuis son plus jeune âge, plusieurs personnes ont abusé de lui et le voilà qu’il violente à son tour Masataka. Classique. Mais un, Masataka a du caractère et ne se laisse pas faire. Du moins, il essaie de résister et de s’en sortir. Et deux, Watase Yū ne se contente pas de justifier. Avec Sakura Gari, elle montre comment une personne peut en arriver à associer le viol à un acte d’amour et sans savoir faire autrement. Il y a évidemment bien d’autres personnages qu’il est difficile d’évoquer sans dévoiler l’histoire. Tous sont principalement rattaché à la famille ou à la société Saiki. La majorité est sexuellement attirée par Sōma, cause du tort à Masataka et finit par le payer cher.

Le BL intelligent

Sakura Gari

Sakura Gari commence dans le sang.

Avec Sakura Gari, Watase Yū délaisse le lectorat adolescent pour s’adresser aux adultes. Le contenu est explicite et c’est un euphémisme de dire que les thèmes abordés sont peu joyeux. En plus des agressions sexuelles dont je parlais plus haut, il y a entre autres de la violence parentale (Sōma a été violenté psychologiquement et sexuellement par sa belle-mère), de la violence conjugale (les Katsuragi), des mariages arrangés (Sōma et Kanako) et de la torture (le docteur Katsuragi sur Masataka). Dans ces circonstances, on ne s’étonne pas des tentatives de suicide de Masataka et de Sōma. Un autre personnage, bien dérangé lui aussi, ne fait pas qu’une tentative. Toute l’histoire repose sur la souffrance psychologique de Sōma, Masataka et des autres personnages. Même les personnages les plus secondaires ne sont pas épargnés. Ils sont tous tellement abîmés qu’ils ne parviennent plus à faire la différence entre ce qui est bien et ce qui mal (surtout Sōma) et à la fin, j’étais un peu dans le même état. Après avoir lu les pires atrocités, après m’être sentie déprimée comme jamais à la lecture de Sakura Gari, j’ai refermé le dernier volume, plutôt soulagée que ce soit fini et je me suis dit que c’était un beau manga. Mais au milieu de toutes ces horreurs, qu’est-ce que j’ai bien pu trouver beau ? La relation de Sōma et Masataka ? Le talent de Watase Yū ? J’ai trouvé sa façon de traiter le BL très intelligente. Il y a de nombreuses scènes érotiques mais elles ne sont pas juste là pour émoustiller le lecteur. Il y a une réelle intrigue et de nombreux retournements de situations. Si ce que j’ai énuméré plus haut ne vous fait pas peur et/ou si vous cherchez un BL qui ne soit pas juste une affaire de fesses, alors essayez Sakura Gari. Vous ne devriez pas être déçus.